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La vie de Sophie

D´une jeunesse en Nouvelle Calédonie et d´un papa dans la
Royale j´ai très tôt attrapé le virus du voyage.
C´était encore l´époque ou on se déplaçait sur les vieux
paquebots des Messageries Maritimes.
On mettait plus d´un mois pour rallier Marseille-Nouméa en
passant par Panama à l´aller et en flirtant souvent avec les
cyclones.
Le retour était tout aussi long et folklorique, sur d´autres
compagnies maritimes, cette fois au départ de Sydney et en
passant par Suez.
Si je tiens à parler de cette époque merveilleuse, qui se
situait entre les années 60 et 70, c´est parce que je la tiens
responsable d´un goût d´aventure et de voyages.
L´aventure se poursuivit cependant très « terriennement »
parlant, et pour raison familiale ou professionnelle, (je suis
passée du métier d´infirmière à celui du tourisme !), entre
l´Afrique noire, le Brésil, l´île de Madère, celle de
Lanzarote où je suis restée chaque fois plusieurs années...
jusqu´en septembre 1998, date de l´acquisition d´ « Enomis ».
J´ai donc très peu vécu en France.
Avoir « mon » bateau était un vieux rêve de la gamine avide de
liberté.
C´était assouvir une sacrée drôle de soif .
Pas facile pourtant, quand on est femme,... et à cinquante
ans !, de se retrouver capitaine d´un gentil monstre comme
l´Amphora !
Parce qu´à vrai dire je n´avais jamais tenu la barre!!
Entendez par là que j´avais toujours fait partie de cette
catégorie de femme « assistée » à bord, laissant faire les
messieurs... parce que c´était comme ça.
Depuis je me suis rattrapée... Enfin, j´ai essayé...
Mais quel challenge !!!
J´ai donc tout fait à l´envers, (chez moi c´est souvent une
habitude !).
J´ai appris mon bateau -toute seule comme une grande au gré
des navigations et des escales- avant d´apprendre à le
manoeuvrer... là, pas toute seule, merci les copains !!!
Je vous assure que ce n´est pas évident.
Mais ça va...
La preuve en est, aujourd´hui j´ai quelque chose à vous
raconter.
C´est aussi avec une certaine fierté que je dis commencer à
bien le connaître ce bateau !
Et j´avance...
A travers les travaux personnellement effectués, à travers les
milles déjà parcourus, oui, j´avance.
Cap, le Pacifique.
Retrouver ma jeunesse, les îles de mon enfance.
Faire revivre ces chers vieux clichés en couleurs qui nagent
dans mes souvenirs.
Tel est mon objectif.
Tout ça en donnant du temps au temps bien sûr.
Précipitation ne colle pas bien avec navigation.
Et puis il faut penser remplir cette fichue caisse de bord !
Ce que je fais assez souvent car pour la santé d´Enomis il n´y
a pas de sots métiers.
Je me retrouve parfois à faire un remplacement dans une
clinique du coin, ou à gratter la coque d´un bateau de
passage, ou à noircir quelques feuilles pour un magazine, ou
sur le marché à aider des amis, ou dans une boutique... la
plupart du temps bien loin de ma formation première.
En fait, on accepte tout ce qui se présente quand on vit le
bateau...
C´est divertissant et c´est surtout la meilleure façon de
progresser pour baragouiner les langues des pays traversés.
Voilà , vous savez tout de moi !

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