DURITE  :   Toute une histoire
Anecdote Racontée dans "LOISIRS NAUTIQUES" de janvier 2002
 


                                                   NAVIGATION : ÎLES CANARIES-MADÈRE
                               



.... Mais quelle histoire !

C’était en Août.

Ma décision est prise : remonter « Enomis » depuis le petit port de Mogan
dans le sud de l’île de la Grande Canarie jusqu’à l’île de Madère… puis
gagner Gibraltar et la Méditerranée.

Un copain vient m’aider car naviguer exclusivement au près n’est pas
toujours chose facile en remontant.

Seulement il était pressé…

'Faut JAMAIS être pressé en mer !!!(Bon, d’accord, on ne fait pas toujours
ce qu’on veut...)

Nous partons.

Nous sommes maintenant dans les accélérations des îles Canaries, entre
TENERIFE et la GRAN CANARIA.

4 heures du matin, évidemment après un départ bien arrosé!

C’est à ce moment précis qu’une durite a la bonne idée de lâcher.

Bien sûr, j’étais persuadée que tout était OK avec les 50 chevaux de Sir
Perkins.

Avoir tout bien vérifié, remplacé...

Beh non, comme quoi on n’est jamais assez vigilant !

Leçon : dans le doute, toujours les changer ces braves durites !!!

Bref... quand ça arrive, on reconnaît vite le petit bruit caractéristique…
le « pschittttttt » pas normal qui vient du compartiment moteur et qui doit
alerter… surtout quand on n’a pas regardé les voyants de contrôle !!!

Alors on répare.

Entre les îles, petite force 8, effet Venturi etc... folklo, on n’oublie
pas, je jure !

L’île de Madère était prévue 2 ou 3 jours après.

La seconde nuit j’étais un peu K.O et c’était mon tour d’être dans la
banette.

Je n’apprends rien à personne en disant qu’on s’habitue tellement aux bruits
du bateau qu’ils deviennent familiers et que lorsqu’il y a un intrus on le
repère vite.

Or, dans ma semi-inconscience nocturne mon oreille enregistre un autre «
pschittttttt ».

On était sous voiles et le moteur nous aidait.

Ca tapait pas mal.

On remontait, quoi !


" - NNNOOOOOONNN !!!... Je ne veux pas... je n’entends pas...-"

Et bizarrement je reste plaquée à l’horizontale en me disant que ce n’était
QUE le fruit de mon imagination et que le copain là-haut, dehors, il aurait
bien vu et entendu « si »...

Mais le « pschittttttt » continuait.

- « Eh… Jef, ça va ???"

- « Beh, oui Sophie tout va bien..."

- « Dis, tu n’entends pas un bruit bizarre ?"



.... Et d’aller voir dans le compartiment moteur.

Mais NON !

Un parfait ronron... dadouronron... dadouronron...

Et de refermer la porte du compartiment moteur!

.... pour entendre de nouveau le « pschitttt » vicieux.



- « Jef... le bruit recommence ! »



J’étais crevée, archi crevée, plus l’envie de rien d’autant plus que je
traînais en moi les restes d’un bon mal de mer attrapé avec l’histoire de la
durite à changer dans les accélérations.

Et on revérifie : ronron parfait !

.... Et une troisième fois : ronron parfait !

Bon, là, fallait que ça s’arrête !

- « Sophie, va dormir !!!!! »

..... Et le copain de réaliser : vous ne savez pas ce que c’était ?

Jef avait eu des envies de patates à présent qu’une accalmie toute relative
s’installait.

Alors le « pschitttt ».... c’était tout simplement le bruit de soupape de la
cocotte minute !!!

Oui...

Faut l’faire quand même !!!

Le coin cuisine étant de l’autre côté de ma cabine, seul ce petit bruit
« intrus » me parvenait disparaissant d’autant plus quand on avait le nez dans
le moteur.

Voilà où mène la durite... et la fatigue !



SOPHIE sur "ENOMIS" - EXTRAIT DE LIVRE DE BORD -